De l’or et de la lumière contre le cancer

Une nouvelle méthode de traitement du cancer est à l’étude à l’Institut Fresnel à Marseille. La thérapie photo-thermale devrait révolutionner la médecine dans les prochaines années, permettant de détruire les cellules cancéreuses avec précision sans effet nocif pour le reste du corps.

« La lumière, c’est notre outil de prédilection, » explique Guillaume Baffou, chargé de recherche au CNRS à l’Institut Fresnel à Marseille. Son travail quotidien est d’illuminer avec un faisceau laser des nano-particules d’or. Pourquoi ? « Parce que la physique du processus est à peine plus compliquée qu’une carrosserie de voiture en plein soleil, » répond le chercheur, « le métal chauffe quand il est illuminé, que ce soit celui d’une voiture ou des nano-particules d’or. » Les nanosources de chaleur ainsi obtenues sont de véritables mines…d’or pour le développement d’applications dans le domaine des nanosciences.

L’application la plus médiatisée découlant du chauffage de nano-particules d’or est la thérapie photo-thermale du cancer. L’idée date de 2003 et consiste à détruire des tumeurs grâce à de la lumière. Pour le moins révolutionnaire et audacieuse, « la technique nécessite des années de développement avant d’être viable, » explique Guillaume Baffou. Des nano-particules d’or doivent être intégrées à des cellules cancéreuses, puis un laser infra-rouge vient les éclairer pour les chauffer à 46 degrés. « Pas plus, sinon l’effet est nocif pour le corps, pas moins, sinon il n’y a pas d’effet, » note le chercheur, «  l’effet escompté étant évidemment la destruction des cellules cancéreuses. »

nanoparticule

Schéma de nanoparticules d’or chauffées au contact d’un cellule cancéreuse

Ce qui freine le développement du traitement, c’est justement la difficulté de mesurer la température des nanoparticules d’or et de les stabiliser à 46 degrés exactement. Depuis 4 ans, Guillaume Baffou travaille à la création d’un microscope thermique de haute précision utilisant un effet de mirage pour régler ce problème. « Quand un milieu chauffe, l’image se déforme, comme sur la route l’été, » explique le physicien, « car quand on chauffe un milieu, la lumière va plus vite. » La technique de microscopie thermique que Guillaume et son équipe développent permet de voir cette différence à l’échelle nanométrique, avec une précision de l’ordre du degré.

Du reste, l’or est un métal de prédilection pour la physique et la médecine, en plus de l’être pour les joailliers. « C’est le métal le moins toxique pour le corps et avec la meilleure réponse aux infra-rouges, » déclare le scientifique. Sans compter que l’on sait depuis plusieurs années greffer des protéines sur l’or, qui iront reconnaître les cellules cancéreuses. « Avec un peu d’imagination, le chauffage de nano-particules d’or peut aussi donner de nombreuses autres applications ! », s’enthousiasme Guillaume Baffou. En 2006, des scientifiques ont eu l’idée de déposer des molécules médicamenteuses à la surface de particules d’or, puis d’envoyer un laser à un endroit précis du corps, permettant la libération précise des principes actifs. Plus que jamais, la science prouve une fois de plus que tout ce qui nous entoure, comme un peu d’or savamment éclairé, pourra peut être un jour nous sauver.

Renaud Levantidis