Une arnaque pour touriste

L’univers est peuplé d’objets célestes incroyables. Immenses, lumineux, colorés, les nuages de gaz ou les galaxies font rêver. Pourtant, ce ne sont qu’une infime fraction de ce qui nous entoure vraiment. Pire encore, ces belles couleurs seraient invisibles à l’œil nu. Un voyageur spatial serait en fait quelque peu déçu.

La matière qui nous constitue, nous ainsi que tous les objets célestes que nous observons, ne correspond qu’à environ 4% du contenu de l’univers. D’après les scientifiques, 21% du reste serait de la matière « noire », et 75% de l’ « énergie noire », deux composants de l’univers aujourd’hui complètement inobservables par l’humain. « On ne voit pratiquement rien de notre univers, » ironise Stéphane Basa, directeur de recherche au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille. En effet, l’homme ne peut observer que grâce à la lumière, c’est notre seul messager, « indispensable mais totalement biaisé, » explique le chercheur. Le photon, la particule qui compose la lumière, est émis par les étoiles qui ne sont donc qu’une toute petite fraction de l’univers. Si tout le reste est invisible, il est d’autant plus difficile pour les scientifiques de développer des appareils capables de détecter matière noire et énergie noire. « On n’a que la lumière ! », s’exclame Stéphane Basa, « ce qui n’en émet pas ou qui ne la transforme pas, donc tout le reste, nous est fondamentalement invisible et mystérieux! ».

NGC-6611-nebuleuse-aigle-640x480La nébuleuse de l’aigle aussi connue sous le nom de NGC 6611. Crédit : Hubble/NASA.

Dans le couloir opposé du Laboratoire d’Astrophysique de Marseille, c’est Georges Comte, astrophysicien émérite, qui s’insurge : « Toutes ces images de galaxies et de nébuleuses que vous voyez, c’est bien évidemment rendu plus joli par traitement ! ». La plupart des télescopes utilisent des caméras CCD avec des filtres pour observer et rendre de belles images. Le capteur CCD transforme le nombre de photons captés en un signal électrique qui sera numérisé, ceci après passage à travers des filtres de couleur. « On recombine les images avec ce qu’on a obtenu dans chaque filtre, » explique Georges Comte, « c’est donc artificiel, mais ça correspond plus ou moins à une vraie couleur. » En revanche, l’œil humain serait incapable de voir autant de détails et de tonalités. Tous les dixièmes de seconde, notre cerveau rafraîchit l’information captée par la rétine : un mécanisme indispensable pour la vision des mouvements et du monde alentour. « Mais pour capter la lumière lointaine des galaxies, les télescopes posent longtemps sur un même champ », déclare le chercheur. L’intensité lumineuse trop faible des objets célestes couplée à l’impossibilité pour l’œil humain de voir les couleurs en vision nocturne (« La nuit, tous les chats sont gris ! ») fait qu’ « à l’œil, tous ces astres et nébuleuses magnifiques ne deviennent que des amas laiteux, blanchâtres, sans grand intérêt esthétique » clame Georges Comte.

m82-supernovaLa galaxie M82 sans retraitement des couleurs. Les lignes blanches indiquent la présence d’une supernovae (soit l’explosion d’une étoile.) Crédits : UCL/University of London Observatory

La lumière, aussi utile et chaleureuse soit-elle, est une limite, un biais en soi, « une arnaque pour les touristes que nous sommes, » lance Stéphane Basa. Et Georges Comte d’ajouter : « le duo lumière-œil marche bien, mais a des pouvoirs bien restreints quand il s’agit de regarder l’espace. »

En une de l’article, la galaxie Whirlpool aussi connue sous le nom de M51. Elle absorbe NGC 5195, son compagnon à droite. Crédit : Hubble/NASA

Renaud Levantidis

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